Mettre en place une démarche qualité

Qu'est-ce qu'une démarche qualité ? Pourquoi mettre en place une telle démarche dans les établissements bilingues francophones ? Quels sont les outils et méthodologies nécessaires à sa mise en œuvre ? Pierre-Yves Roux, responsable de l'unité Expertise et projets au département langue française du Centre international d'études pédagogiques pose les grands principes de l'implantation d'une démarche qualité au sein d'établissements bilingues.

Qu’est-ce qu’une démarche qualité ?

Les définitions de la qualité et de la démarche qualité sont multiples. Parmi les plus reconnues, on peut citer celle proposée par la norme ISO qui définit la qualité comme étant « l’ensemble des caractéristiques d’une entité qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire des besoins exprimés et implicites ». Une définition plus opérationnelle verrait dans l’implantation d’une démarche qualité un processus qui permet d’envisager de façon objective et raisonnée l’amélioration continue d’une structure ou d’une institution, notamment afin de s’adapter aux éléments contextuels dans lesquels elle évolue.

Mais quelle que soit la définition retenue, la démarche qualité doit représenter un outil de changement destiné à créer une dynamique de développement, aussi bien en interne (encadrement pédagogique et administratif, enseignants, etc.) qu’en externe, c’est-à-dire en direction des usagers, les élèves et leurs familles en l’occurrence.

Pourquoi une démarche qualité dans les établissements scolaires bilingues ?

Faire face aux nouveaux enjeux de l'enseignement

Les raisons d’implanter une démarche qualité dans les établissements bilingues francophones sont plurielles et diverses. On rappellera tout d’abord et de façon générale, que le domaine éducatif est aujourd’hui de plus en plus concurrentiel, et que les acteurs traditionnels se trouvent dans l’obligation d’évoluer pour répondre aux nouveaux enjeux de l’enseignement. Or, si l’enseignement bilingue peut représenter un dispositif original et attractif, il s’agit également d’un dispositif exigeant et présumé coûteux, qui ne peut faire l’économie d’une réflexion sur lui-même.


L'école 22 de Perm (Russie), engagée dans une démarche qualité depuis 2013.

Atteindre un objectif d'excellence

On se doit d’autre part de constater que la coopération française a fait de l’enseignement bilingue une de ses priorités les plus fréquemment affichées. À des éléments quantitatifs notamment liés au nombre de locuteurs et d’apprenants de français (LV1 ou LV2), se sont ajoutés, voire parfois substitués, des éléments qualitatifs renvoyant par exemple aux résultats de cet apprentissage, et qui permettent dès lors d’attester de « l’excellence » de la plupart des dispositifs d’enseignement bilingue. Cette priorisation, à la fois pragmatique et stratégique, se justifie également par la possibilité offerte aux apprenants issus d’établissements bilingues francophones de poursuivre des études supérieures en France et/ou en français.

Harmoniser les dispositifs

Ensuite, et au-delà de spécificités contextuelles qui auront bien évidemment toute leur importance, cette démarche permettrait d’harmoniser, ne serait-ce que partiellement, le positionnement et le fonctionnement de ces dispositifs, ainsi que les pratiques pédagogiques mises en oeuvre, en se posant notamment la question d’une définition a minima d’un enseignement bilingue francophone.

Mais au-delà des résultats observés et des priorités dégagées, il est surtout important de noter que ces dispositifs sont toujours perfectibles, et que l’implantation d’une démarche qualité permettrait de préciser et de mesurer la marge de progression, que ce soit en termes d’efficience, d’efficacité ou d’impact, et viserait donc, à terme, à offrir aux élèves et aux familles ayant fait le choix de cet enseignement, une garantie synonyme de qualité.


L'institution Sainte Jeanne-Antide à Alexandrie (Égypte), engagée dans une démarche qualité depuis 2013.
 

Outils et méthodologie

Référentiel

Une démarche qualité est un processus qui s’inscrit dans le temps, et qui se doit de respecter un certain nombre de phases, dont la première est l’élaboration d’un référentiel, document qui inventorie, organise et précise les attendus institutionnels. Afin de prendre en compte la totalité des aspects et des paramètres, on peut, dans le cas d’un établissement scolaire, envisager un référentiel en quatre parties :

  1. le positionnement et les aspects institutionnels ;
  2. la communication ;
  3. les aspects organisationnels ;
  4. les aspects opérationnels (pédagogiques).

L’identification et la distinction de ces quatre domaines ont toute leur importance, car elles permettent de souligner que les pratiques pédagogiques ne sont qu’un seul aspect de la question, généralement soumis à l’influence des autres domaines dans un fonctionnement hiérarchique et descendant. Ce qui revient à dire que les formations d’enseignants, et plus généralement les actions portant uniquement sur le domaine dit « opérationnel », seront sans effet si les problèmes et les dysfonctionnements éventuels relèvent d’autres domaines et d’autres niveaux.

Indicateurs

Les indicateurs dégagés dans chacun de ces quatre domaines, sont ensuite répartis dans une graduation à trois niveaux distinguant :
  1. les pratiques essentielles (« obligatoires ») ;
  2. les pratiques très recommandées ;
  3. les pratiques conseillées.

Cette graduation permet notamment de ne pas mettre au même niveau des indicateurs dont l’importance est très inégale, mais elle pourra également faciliter la définition d’objectifs pour les dispositifs et/ou établissements, dans le respect de leur zone proximale de développement (ZPD) : on veillera ainsi à ce que toutes les pratiques jugées essentielles soient effectivement en place, avant de viser les pratiques recommandées, et ensuite seulement les pratiques conseillées, dans l’évidente limite de leur faisabilité.

Autoévaluation

Dans un second temps, un document d’autoévaluation construit à partir des indicateurs inventoriés dans le référentiel est proposé au bénéficiaire de la démarche, dans la perspective d’une approche participative et collaborative qui permettra à chacun de se sentir impliqué et directement concerné.

Expertise

Ensuite, une expertise externe, à la fois descriptive et prospective, devra identifier les points forts de l’institution ainsi que les points jugés perfectibles, et vérifier la fiabilité des résultats de l’autoévaluation en les mettant en perspective avec un regard extérieur.

Un rapport d’expertise est enfin rédigé et transmis au commanditaire, avec des suggestions, propositions et recommandations, mais aussi une méthodologie permettant de passer des conclusions à l’élaboration et la mise en oeuvre d’un plan d’action polymorphe, pluriannuel et contextualisé.

Plan d'action

La finalité de ce plan d’action serait la réduction des écarts constatés entre les attendus (le référentiel) et l’existant constaté à l’occasion de l’expertise.

Chronologiquement, la méthodologie pourrait par conséquent être la suivante :
  1. (re)définition des objectifs et finalités de l’enseignement bilingue par ses responsables
  2. déclinaison des objectifs et finalités en référentiel (système et/ou établissement)
  3. autoévaluation du système et/ou de l’établissement par rapport au référentiel (expertise interne)
  4. positionnement de la structure par rapport à ce même référentiel (expertise externe)
  5. suggestions et préconisations (rapport d’expertise externe)
  6. élaboration d’un plan d’action pluriannuel
  7. mise en oeuvre du plan d’action
  8. régulation, évaluation et revue du plan d’action

Ce fonctionnement permet d’appliquer les grands principes de l’analyse de besoins, d’élaborer un plan d’action raisonné et programmé, de définir et de distribuer dans le temps les objectifs à court, moyen et long terme, tout en anticipant sur les moyens à mobiliser pour les atteindre.

Implantation d’une démarche qualité dans les établissements bilingues francophones : l'exemple de l'Égypte
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