À la lettre d'information
Aux flux RSSDans un souci de sensibilisation à la langue des DNL (disciplines non linguistiques), on conseille désormais au professeur de français d’introduire régulièrement en classe divers documents authentiques à orientation scientifique, historique, géographique, etc., comme, par exemple, des extraits de manuels scolaire en « lecture décontextualisée », des passages tirés d’articles ou d’émissions de vulgarisation, la lecture de bandes dessinées historiques et la liste n’est pas close !
C’est pour parvenir à cet objectif que vous est proposé ci-dessous un travail fondé sur un dépliant touristique, document issu du français du tourisme, et qui peut, en l’occurrence, être une entrée en matière vers des disciplines telles que l’histoire ou la géographie. On proposera ensuite des activités pluridisciplinaires/interdisciplinaires.
Observer le document, originellement recto/verso et distribué gratuitement par l’Office du Tourisme de Versailles.
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RECTO
MARS
Mercredi 2
14h30 : du couvent de la reine Marie Leczinska au lycée Hoche.
RV. Grille du lycée Hoche, avenue Saint-Cloud.
Ligne Invalides –RG – Autobus 171
C. CHARDIGNY
Vendredi 4
14h30 : le ministère des Affaires étrangères
RV. 5, rue de l’Indépendance Américaine
Ligne Invalides –RG – Autobus 171
F. FROIDOT
Mardi 8
14h30 : le quartier des ministères sous le règne de Louis XV
RV. 1, rue de l’Indépendance Américaine
Ligne Invalides –RG – Autobus 171
P. FLORIN
Vendredi 11
14h30 : la salle du Congrès de l’Assemblée nationale au Château
RV. Sous la statue de Louis XIV
Ligne Invalides –RG – Autobus 171
O. GUEUGNON
Lundi 21
14h30 : la cathédrale Saint-Louis et sa chapelle
RV. Façade de la Cathédrale
Ligne Invalides –RG – Autobus 171
C. de CHAMBORANT
Mardi 22
14h30 : le théâtre Montansier et l’hôtel de Madame de Pompadour
RV. 7, rue des Réservoirs (Office de Tourisme)
C. CHARDIGNY
VERSO
VISITES – CONFÉRENCES
VERSAILLES
VILLE d’ART ET VILLE ROYALE

Versailles n’est pas uniquement le synonyme de Château. C’est aussi une Ville d’Art et d’Histoire. Elle s’est développée en même temps que le Château, aussi vous paraîtra-t-elle relativement neuve ; elle n’a pas de passé médiéval, mais elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois : Louis XIV.
Après avoir admiré le Château, promenez-vous dans les bosquets et le parc, puis découvrez la ville avec les Conférencières de l’Office du Tourisme agréées par la Caisse Nationale des Monuments Historiques.
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Office du tourisme de Versailles
7, rue des Réservoirs - 78000 Versailles
Tél. 01 39 24 88 88 - Télécopie : 01 39 24 88 89
Définition du mot DÉPLIANT, nom masculin : Un dépliant touristique, c’est un prospectus (qui, parfois, peut se déplier en deux ou trois parties), destiné à informer les touristes sur un lieu donné, celui où ils se trouvent généralement.
"Tout texte destiné à être utilisé dans un cours de langue nécessite une analyse préalable par l’enseignant. On l’appellera analyse pré-pédagogique, car elle concourt à la préparation de l’acte pédagogique [...].
Dans le domaine particulier de la compréhension de l’écrit, l’analyse pré-pédagogique a deux objectifs principaux :
- d’une part, elle constitue pour l’enseignant un moyen d’investigation des fonctionnements d’un texte à différents niveaux (lors d’un cours, il doit, en effet, pouvoir répondre aux demandes pas toujours prévisibles des apprenants) ;
- d’autre part, elle doit permettre à l’enseignant d’imaginer des stratégies pédagogiques pour aider les apprenants à accéder au(x) sens d’un texte (techniques de repérages, découverte d’indices, tactiques de vérification par exemple).
L’analyse pré-pédagogique consiste à poser sur le document plusieurs regards successifs afin de trouver l’angle d’attaque pédagogiquement le plus efficace pour entrer dans le texte. Elle doit donc tenir compte des particularités de chaque groupe d’apprenants, de leurs motivations et de leurs besoins ».
Extrait de Situations d’écrit, S. Morand, Paris, CLE International, 1979, p. 74 (ouvrage formateur, qui conserve toute son actualité).
1. Approche sociolinguistique
Nature, date et origine du document
Il s’agit d’un dépliant, en date du mois de mars, issu de l’Office du tourisme de la ville de Versailles en France (situer Versailles sur la carte de l'Ile-de-France, et cette région sur la carte de France)
Emetteur (s) du dépliant
Vraisemblablement, un rédacteur (ou un groupe de rédacteurs) de l’Office du tourisme
Récepteur(s) (lecteurs)
Tout visiteur, français ou étranger, qui se présente à l’Office de tourisme ou qui le trouve à l’entrée du Château
Statut du message
Ce dépliant est un document semi-officiel qui a l’aval de l’Office du tourisme et les conférencières dont on cite les noms au verso sont reconnues comme professionnelles (cf. la Caisse Nationale des Monuments historiques)
Variété de langue
Texte rédigé en français standard apparemment.
Lexique : quelques termes spécifiques [le passé médiéval, Louis XIV (chiffres romains), conférencières agréées], les noms de monuments : le couvent de la reine, la cathédrale Saint Louis, le quartier des ministères, la salle du congrès, le théâtre Montansier, l’hôtel* de Madame de Pompadour
Historique du mot hôtel : à partir du latin hospitalem est né un doublet, c’est-à-dire deux mots à partir d’un seul. L’un a suivi l’évolution normale du latin au français – hospitalem, hostalem, hostal, hostel, hôtel - et l’autre a été inventé au XVIe siècle, directement calqué sur le latin – hospital, hôpital - Les deux termes ont peu à peu pris un sens spécialisé, l’un désignant le lieu d’habitation réservé aux voyageurs, l’autre celui réservé aux malades. Mais l’hôtel a pris aussi, surtout à partir du XVIIe siècle, le sens de résidence belle et confortable, construite en ville par les aristocrates ou les grands bourgeois (voir, par exemple, dans le quartier du Marais à Paris). On parle alors d'un hôtel particulier.
Implicites culturels
Qu’évoquent dans l’imaginaire de chacun le nom de VERSAILLES : le château (et l’Histoire qui s’y rattache) ou la ville et son image ?
Vers l’Histoire
Cette partie serait à développer dans un cours orienté vers l’Histoire de France .
On rappelle le constructeur du Château, le Roi Louis XIV, puis le roi Louis XV qui l’occupa le plus longtemps ; avec la vogue de la reine Marie-Antoinette (cf. le film) le Trianon, le Hameau de la Reine et son mari, le Roi Louis XVI, qui furent tous deux guillotinés en 1793 !
Mais la Ville ? On en parle peu.
Dans tous les centres de documentation, chacun peut trouver un grand nombre de documents audio, audio-visuels, écrits et iconiques pour illustrer ce pan de la vie du temps de la monarchie à Versailles et ses alentours.
Vers l’architecture et tous les arts et artisanats : Versailles, reflet des arts et techniques de son temps (assèchement des marais, système hydraulique, construction du château en pierre d’Ile-de-France, construction des dépendances – écuries par exemple dans la ville – ornementation intérieure et extérieure du château, etc. Style des maisons de Versailles. Leur utilité.
Vers la géopolitique
Versailles et Paris, les deux pôles de la monarchie et du gouvernement.
- L’installation du monarque à Versailles a-t-elle causé des changements politiques sur le long terme ?
- En quoi le Château de Versailles, symbole de la monarchie absolue et du génie français, fut-il une référence pour les autres cours d’Europe durant les trois siècles suivants ?
2. Approche linguistique et discursive
• Marques formelles d’énonciation
cf. le cadre formel de l’énonciation caractérisé par la Présence ou l’absence de l’émetteur (ENONCIATEUR) et/ou du récepteur (ENONCIATAIRE) du message, de marques de lieu (ICI) ou de temps (MAINTENANT)
a) Indices (ou marques) de la présence de l’émetteur du message (énonciateur)
Une seule marque nos (fin du 1er paragraphe)
NB. Le rédacteur par l’emploi de ce nos révèle qu’il est français.
b) Indices de la présence du récepteur du message (énonciataire)
quatre marques (les 2 pronoms personnels VOUS et les 2 terminaisons de seconde personne –EZ) : (la ville) vous (paraîtra), promenez-vous, découvrez
c) Lieu d’énonciation
Versailles (car le lecteur du dépliant est à Versailles, sur place, ou dans un lieu proche de la ville et du château). Le dépliant se lit une fois arrivé à destination.
d) Moment d’énonciation
Celui de la visite à Versailles
• Modalités :
Définition
Pour Charles BALLY, linguiste français du début du XXe siècle, la modalité est « la forme linguistique d’un jugement intellectuel, d’un jugement affectif ou d’une volonté qu’un sujet pensant énonce à propos d’une perception ou d’une représentation de son esprit », ce qui lui permet de poser un rapport entre le dictum, contenu représenté, et le modus, ce qui en est dit.
a) Modalité de l’obligation
On trouve au recto du document deux occurrences (ou emplois) dans le même paragraphe, de la modalité déontique, celle de l’obligation, repérables à l’emploi de deux impératifs à la seconde personne ; ils signalent, dans ce contexte, et sous une forme atténuée, plutôt un conseil, une recommandation ; on pourra reformuler par "nous vous conseillons de vous promener dans les bosquets et le parc, puis ensuite n’oubliez pas de découvrir la ville".
b) Modalités "appréciatives" (qui ont rapport avec l’appréciation, la valorisation, positive ou négative)
Valorisation positive
- au moyen de termes rendus positifs grâce au contexte :
VERSAILLES, VILLE d’ART ET VILLE ROYALE (renforcé par l’emploi de lettres capitales
Ville d’Art et d’Histoire)
- au moyen d’un superlatif
Elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois
- ou encore au moyen d’un terme intrinsèquement positif, le verbe « admirer »
Après avoir admiré le Château.
Renforcement de la valorisation au moyen d’un tour de renforcement fondé sur la matrice suivante :
Versailles n’est pas uniquement le synonyme du Château. C’est aussi une Ville d’Art et d’Histoire.
Un effet de dévalorisation /revalorisation
La ville de Versailles est "dévaluée" (ligne 4) par le terme "neuve" qui, dans ce contexte, apparaît comme négatif et par la phrase qui développe cette dépréciation "elle n’a pas de passé médiéval".
Le connecteur "mais" vient heureusement revaloriser positivement la ville : "mais elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois".
• Traces de reformulation
Au recto, toute la partie du document rédigée en italiques, est une reformulation sous une forme développée du titre :
VERSAILLES : VILLE D’ART ET D’HISTOIRE
Le verso est la reformulation des deux premiers mots du titre
VISITES - CONFERENCES
• Actes de parole
L’intention de communication passe par les Actes de parole (AP)
FAIRE RESTER
PERSUADER de visiter non seulement le Château mais aussi la Ville royale.
3. Approche typographique, syntaxique, textuelle
• Mise en valeur typographique (caractères gras, italiques, parenthèses, etc.)
Elle est étudiée en même temps que les modalités appréciatives
Elle montre que la typographie fait partie à part entière de l’accès au sens dans un message écrit
(ordre du scriptural)
• Répétition de termes, effet d’insistance
Cf. modalités appréciatives
Ville : 3 fois
Ville d’Art : 2 fois
Ville Royale : 1 fois
Elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois : 1 fois
Ville d’Histoire : 1 fois
• Reprises anaphoriques (cf. la cohésion ou cohérence textuelle)
Fonctionnement simple par reprise du référent VERSAILLES, au moyen de Ville (et ses variantes : Ville d’art et d’Histoire, Ville d’Art, etc.) et au moyen du pronom elle.
• Constructions récurrentes
Le tour de renforcement est fréquent dans le discours du tourisme ; il a été signalé au cours du repérage des modalités appréciatives.
• Types de textes
Unité ou mixité textuelle ?
Ce dépliant est informatif : liste des conférences au verso, adresse de l’Office du tourisme au recto et au verso, énumération des particularités de la Ville …
Mais quelle est l’intention de communication de l’énonciateur en énumérant les particularités de la Ville de Versailles même, ainsi que les conseils donnés À quoi cela sert-il ? Et pourquoi ces italiques qui attirent le regard du lecteur ?
Cela sert à persuader le visiteur de parcourir la Ville, de voir ses richesses architecturales et historiques et de dépenser un peu d’argent sur place ! On est donc en face d’un texte qui relève aussi d’une certaine forme du type argumentatif.
On pourrait le gloser (reformuler) ainsi :
Certes, vous venez à Versailles pour voir le Château et son parc et vous avez raison. C’est admirable. Mais pourtant vous auriez tort de quitter Versailles sans visiter la ville. Elle le mérite, bien qu’elle ne soit pas une cité médiévale, mais une cité du XVIIe siècle "seulement". Nos conférencières agréées sont à votre service !
- Constituer un module pluridisciplinaire rassemblant une équipe de professeurs de français (le Classicisme , vie littéraire et musicale intense ; Racine, Molière, La Fontaine, Lulli, etc.), d’histoire ( époque de guerres, de grands ministres, etc.), de géographie (localisation de la vile et de la région Ile-de-France), de sciences (le réseau hydraulique), de biologie (nourriture, maladies, hygiène), de mathématiques (calcul des distances, des volumes, de proportions, etc.), voire de sciences économiques et sociales (cf. ci-dessus les implicites culturels) pour proposer divers angles d’approche du dépliant et prolonger cet apport culturel dans différentes directions. Car Versailles a rassemblé les meilleurs scientifiques et techniciens, les meilleurs artistes et artisans de la fin du XVIIe siècle, et a coûté très cher. Quel a été l’impact de Versailles en France et en Europe ? Quel est-il aujourd’hui ?
- Activités en français
En petits groupes (voire en atelier d’écriture), faire créer un dépliant (donner une liste de contraintes lexicales, syntaxiques, discursives, textuelles, et d’ordre pratique)
Mettre à la disposition des élèves, dans la salle de cours, des dictionnaires (bilingues et unilingues), des grammaires, des manuels d’art, des textes littéraires, des documents d’aide et passer du rôle de « maitre » à celui de facilitateur, à celui de personne-ressources !
Se livrer à diverses reprises à un remue-méninges pour élaborer le document et effectuer des choix :
- choix du lieu : ville ? château ? région ? curiosités naturelles ? curiosités culturelles ?
- choix de la photo et de l’iconographie,
- choix du format et de la longueur,
- choix de l’intention de communication (informer, raconter, décrire, argumenter, dire de faire ?)
- choix des typographies ? des couleurs ?
Travail individuel ou par groupes de 2 à 3 apprenants.
Évaluation : à la fin, lecture et circulation des travaux, vote des participants pour déterminer le meilleur, selon des critères définis à l’avance (et notamment le respect plus ou moins grand des contraintes discursives).
| Public Niveau de français | Jeunes adultes / Adultes en apprentissage du français du tourisme OU Apprenants de section bilingue niveau lycée (fin A2, B1) |
| Contexte | Classes bilingues : cours de français à orientation pluridisciplinaire |
| Durée de l’unité didactique | 2 fois 1 h 30 (soit 3 h ) |
| Domaine et/ou thème | Tourisme : les écrits touristiques Versailles, le Château ET la Ville vus sous différents angles (histoire, géographie/géopolitique, biologie, sciences et technologie) |
| Objectif général | - comprendre un genre d’écrit spécifique, - produire un genre d’écrit spécifique - travailler en équipes (équipe d’enseignants et équipes d’élèves), - décloisonner les apprentissages |
| Objectifs de communication | - écrire pour faire quelque chose - être capable de communiquer par écrit dans le domaine du tourisme avec une intention de communication à visée culturelle et commerciale, en créant à son tour un dépliant touristique |
| Objectifs linguistiques | Être capable de : - comprendre /produire un message touristique comportant une mixité textuelle (informatif et/ou descriptif et/ou narratif et/ou argumentatif et/ou injonctif,) - comprendre /utiliser des termes appréciatifs positifs - comprendre/utiliser les actes de parole de la recommandation (cf. modalité déontique de l’obligation) - comprendre / utiliser des typographies diversifiées - comprendre/réemployer un effet stylistique récurrent dans le français du tourisme (le tour de renforcement : ne … pas seulement/uniquement,.. c’est aussi) - comprendre/utiliser les temps présent, passé composé et futur de l’indicatif, le présent de l’impératif |
| Objectifs culturels | - s’exercer à regarder sa ville ou son environnement autrement - s’intéresser à l’histoire, à la géographie, à l’art, à la nature d’un lieu précis - comprendre que tourisme peut équivaloir à découverte culturelle (en l’occurrence) + ressources économiques - apprendre à rechercher des activités originales, attirantes - apprendre à rechercher de l’information (livres, revues, Internet) |
| Supports | Un dépliant touristique distribué sur place par l’Office du tourisme de la ville de Versailles (France) |
Jacqueline Demarty-Warzée
Pôle langue française, CIEP