À la lettre d'information
Aux flux RSSL’enseignement DU français dans des établissements étrangers a pris un nouvel essor grâce à l’enseignement EN français de disciplines non linguistiques. Il en renouvelle la pédagogie et renforce la qualité d’apprentissage de la langue maternelle comme celle de la langue française. La création et le maintien d’un dispositif bilingue francophone reposent sur le soutien des partenaires éducatifs locaux, la prise en compte des besoins et motivations des acteurs en présence et, en particulier, la reconnaissance de certifications diplômantes.
Construire un dispositif d’enseignement bilingue francophone, c’est, dans le cadre d’une coopération bilatérale, élaborer un parcours éducatif au sein d’établissements d’enseignement primaire et / ou secondaire nationaux comportant un enseignement renforcé du français et de disciplines non linguistiques en français par des professeurs recrutés localement.
Les dispositifs d’enseignement bilingue ne sont pas récents : certains États où des situations présentent un profil linguistique particulier (bilinguisme frontalier, langue(s) régionale(s) encore vivace(s), installation durable, pour des raisons historiques, de fortes communautés allophones, etc.), les ont développés depuis déjà des décennies.
Dans les années 1980, l’expérience positive d’enseignement en immersion linguistique menée au Canada (Québec) éveille l’intérêt à l’égard de ce type de dispositif et suscite recherches et expériences.
Variable selon les contextes, la mise en contact avec le français peut être précoce ou tardive, totale ou partielle, selon la proportion du programme enseigné en langue cible. On désigne couramment cette stratégie d’enseignement sous l’acronyme EMILE (enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère), l’acronyme CLIL (content and language integrated learning) est le correspondant anglais.
« Une méthodologie innovante dont l’intérêt dépasse celui d’un pur et simple
apprentissage des langues. »
Au cours des années 1990, on perçoit mieux combien cette stratégie met en œuvre une méthodologie innovante dont l’intérêt dépasse celui d’un pur et simple apprentissage des langues : grâce à une approche conjuguée des principes qui, dans les deux cultures mises en contact, sous-tendent la DNL, l’enseignement de type EMILE favorise en effet, chez l’apprenant, outre l’acquisition d’une meilleure compétence linguistique, celle d’une meilleure maîtrise des concepts et des stratégies propres à la DNL. Elle lui permet, plus généralement, de consolider très sensiblement l’ensemble de ses capacités cognitives. En France, c’est en 1992 que les « sections européennes ou de langues orientales », fondées sur la mise en pratique de cette démarche, sont instaurées.
Ainsi, les établissements où sont installés ces parcours innovants deviennent-ils, quand ils ne le sont pas déjà, des pôles de la réussite. Dans le pays partenaire, ils induisent souvent un renouveau de l’enseignement du français, et l’installent dans un contexte d’excellence. Ils sont généralement présentés comme un exemple de coopération éducative efficace et réussie. Les élèves issus de ce type d’établissements parviennent, la plupart du temps, à une très bonne maîtrise de la langue et de la culture françaises au point que ceux-ci constituent un véritable deuxième cercle après les lycées à programmes français pour l’acquisition de notre langue.
C’est pour ces motifs que le ministère français des Affaires étrangères favorise l’extension progressive de ce dispositif dans le monde.
Trois dates
1998
Lors du colloque international de Valbonne, un premier état des lieux des sections bilingues francophones en Europe est dressé.
2001
Les rencontres internationales des sections bilingues francophones se tiennent au Centre international d’études pédagogiques (CIEP). À cette occasion est créée, pour les usagers de ces sections, une lettre d’information en ligne réalisée par le CIEP.
2005
Les rencontres de l’enseignement bilingue francophone en Europe, qui se tiennent à Prague, permettent de constater que l’amélioration de la visibilité des dispositifs bilingues francophones pour les familles, les décideurs politiques, les autorités éducatives, les universités et le monde professionnel requiert notamment : la valorisation des compétences spécifiques acquises par les élèves en termes de certification en fin de parcours (visibilité du diplôme) ; l’intégration nécessaire des dispositifs bilingues aux systèmes nationaux (question du statut de l’enseignement bilingue) ; la reconnaissance de la spécificité du travail des enseignants des sections bilingues.
Un dispositif bilingue se construit dans et pour la durée ; il repose sur des négociations attentives avec le partenaire et requiert un suivi minutieux.
Il s’agit d’explorer dans un premier temps le contexte historique et géopolitique. Quelle est la nature des liens qu’entretient le pays partenaire avec la France ? Ce pays est-il membre de l’Union européenne ? S’agit-il d’un pays en voie de développement, d’un pays francophone ?
Le contexte socio-économique est également à prendre en compte : entreprises locales en relation avec la France ou des pays francophones, entreprises françaises déjà implantées ou devant s’installer, bassins d’emploi, etc.
En matière de coopération éducative, il conviendra de s’intéresser aux questions suivantes : quel est le degré d’implantation du SCAC ? Y a-t-il une Alliance française ? Y trouve-t-on des établissements français d’enseignement (AEFE, MLF) et des associations de professeurs de français ? Quelles sont les autres représentations culturelles et éducatives dans ce pays ? Quelle est leur poids du point de vue linguistique ?
Les points suivants sont à analyser : les programmes et les directives officielles et leur compatibilité avec le projet, les circuits de prise de décision, l’identification des « personnes ressource » et des décideurs, le contexte professionnel des enseignants de français et de DNL (pratiques professionnelles, méthodologie, supports…), les attentes, besoins, contraintes et motivations de chacun des acteurs (élèves, parents, enseignants, chefs d’établissements, inspecteurs, ministères, partenaires de la société civile).
Il s’agit tout d’abord de relever, dans le système éducatif du partenaire, la présence d’autres langues vivantes afin d’inscrire l’enseignement bilingue francophone dans la perspective de la diversité linguistique.
Il faut ensuite s’interroger sur le nombre de professeurs de DNL, formés sur place dans leur discipline, susceptibles d’enseigner en français. Le niveau minimum acceptable, pour le français de communication courante, étant le niveau B1 du Cadre européen commun de référence, le niveau B2 est recommandé.
Le choix des DNL pourra se faire en fonction de ces différentes informations.
Il s’agit d’établir la liste des partenaires que l’on pourra mobiliser pour trouver des stagiaires, mettre en place des programmes de formation continue (le CIEP par exemple), trouver des ressources, des financements, etc. Il faut ensuite déterminer quels sont les moyens matériels disponibles : TICE, manuels scolaires, centres de ressources…
Il s’agit d’élaborer un inventaire des arguments à mettre en avant auprès des différents partenaires : évolution du système éducatif, inscription dans un projet européen ou dans certains contextes géopolitiques régionaux (Asean, forum IBSA, etc.), accroissement de la mobilité, débouchés économiques, bénéfices cognitifs individuels, compétences distinctives…
10 bonnes raisons d'apprendre le français

(vidéo)
Argumentaire pour les parents d'élèves et les directeurs d'école
Ces préalables effectués, la conception puis la mise en œuvre du dispositif bilingue peut être réalisée de commun accord entre les partenaires.
Dans un premier temps, on pourra s’appuyer sur un nombre limité d’établissements qui se constitueront ensuite en réseau. On pourra désigner un coordonnateur local et un correspondant SCAC. Il est indispensable bien entendu d’obtenir l’approbation et l’engagement officiel du ministère de l’Éducation du pays concerné.
Il s’agit d’élaborer, dans un premier temps, dans le cadre des programmes nationaux, des contenus d’enseignement spécifiques dont la définition respecte le principe de « l’intégration », c’est-à-dire en tenant compte au plus près des caractéristiques du contexte éducatif du partenaire : « intégration » entre langue 2 et DNL, au niveau des contenus des programmes, au niveau des méthodologies, et en ce qui concerne l’insertion du dispositif éducatif du partenaire.
Il faut ensuite définir les modalités d’évaluation et de certification : se servir de la référence fournie par le Cadre européen commun de référence pour les langues ; utiliser les différents portfolios et, le cas échéant le DELF scolaire ; intervenir auprès des universités locales pour faire reconnaître les compétences particulières acquises par les élèves des sections bilingues. Il convient de tendre, dans les contextes où cela est possible, vers une certification de fin d’études co-définie.
Il faut également établir un référentiel de compétences et prévoir des formations pour les enseignants concernés en programmant la participation des instances spécialisées, aussi bien pour des stages locaux que pour des stages en France : formateurs du réseau SCAC, CIEP, IUFM, etc. Ces formations pourront porter sur le recueil et/ou la production de ressources, la progression parallèle en français et en DNL, le rôle spécifique du professeur de français au sein de la section bilingue, l’amélioration des compétences de communication en L2 (DNL). (Ne pas oublier d’intégrer dans le référentiel de formation une section relative aux échanges à distance et aux appariements en prévoyant une formation qui fasse appel et à l’agence locale « Europe éducation formation » (sous-programme Comenius) et au CIEP)
Enfin, il s’agit de négocier les conditions de faisabilité (circuits de prise de décision et de transfert de l’information, création d’un comité de pilotage) et de faire acter les engagements réciproques dans le cadre de la commission mixte.
Pour que le dispositif se mette en place dans de bonnes conditions, il est important tout d’abord de veiller au bon fonctionnement du comité de pilotage en lui donnant les moyens d’évaluer et de faire évoluer le projet (choix des personnes, réunions régulières, indicateurs). Il faut ensuite assurer un suivi constant avec les partenaires pour régler les problèmes immédiats, soutenir l’intérêt de tous. Il faut également encourager la mutualisation et inciter les enseignants à réaliser des projets pédagogiques autour d’équipes uni / bi / pluridisciplinaires (élaboration de documents et de glossaires pour la classe, adaptation de manuels scolaires français, modules pluridisciplinaires ou interdisciplinaires). On peut enfin soutenir le montage de projets d’établissements.
Le pilotage du fonctionnement du dispositif bilingue est indispensable et multiforme : active coopération avec les responsables bilingues locaux, rencontres avec les responsables du ministère local, synthèse annuelle, réunions, visites d’établissements, observations de classes, entretiens individuels, stages de formation cadrés, mise en route et aboutissement de travaux sur projets au niveau de la ville, de la région, du pays régional, etc.
L’évaluation du dispositif est primordiale. Tout d’abord, un an (ou deux) après la mise en œuvre du dispositif, aura lieu un bilan d’étape, selon des critères portant sur chacun de ses aspects, suivi d’un rapport comportant des recommandations et définissant de nouveaux objectifs : c’est sur ces derniers que s’appuieront le prochain bilan d’étape ou une évaluation approfondie destinée à améliorer, aménager ou, le cas échéant, supprimer le dispositif. |
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Objectif 1
Renforcer l’intégration des curricula, des programmes, des méthodologies
Objectif 2
Qualifier les procédures d’évaluation et de certification
Objectif 3
Former et valoriser les enseignants
Objectif 4
Assurer le bon fonctionnement du dispositif bilingue