À la lettre d'information
Aux flux RSSLes journaux reviennent tous sur le caractère inédit de ce projet. L’AFP donne le ton en parlant de « coopération culturelle unique au monde ». Pour L’Express, il s’agit d’une « expérience sans précédent », pour Le Monde, d’une « première éditoriale », d’une « première » également pour le Nouvel Observateur mais dans l’enseignement de l’histoire « généralement chasse gardée des gouvernements nationaux, qui en d’autres temps servait à éveiller le sentiment patriotique ». Le mensuel L’Histoire souligne que « jamais auparavant un pareil livre scolaire d’histoire n’avait été conçu, écrit et réalisé en commun et en deux langues par des chercheurs, des auteurs et des éditeurs de deux pays réunis en une seule et même équipe scientifique, pédagogique, rédactionnelle et éditoriale. » Pour l’AFP, ce projet est une « aventure » et ceux qui y ont pris part sont de véritables « créateurs ». Ils ont relevé le « défi » proclame Le Figaro : « Arriver à avoir une vision commune de la plus grande tragédie du XXe siècle n’était pas une mince affaire. » L’hebdomadaire Marianne emploi le terme de « révolution ». Pour l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV), ce projet est en effet « révolutionnaire » en ce qu’il rompt avec les pratiques habituelles, ces livres étant traditionnellement écrits « par des auteurs originaires du pays en question ». « C’est inédit. Mais qu’est-ce que ça change ? », s’interroge Ouest France. « Vu de loin », ce manuel ressemble aux manuels précédents remarque le quotidien. « Vu de près, en revanche, il y a des changements notables ».
La plupart des journaux évoquent les difficultés qu’il a fallu surmonter. Elles ont essentiellement été d’ordre culturel selon L’Histoire : « Le terme français de laïcité, par exemple, ne trouve guère d’équivalent en Allemagne, puisque ce pays n’a, lui, pas connu la stricte séparation de l’Église et de l’État. De même, le mot mémoire, en français, recouvre aussi bien le souvenir, la mémoire, le patrimoine, la commémoration, là où l’allemand distingue soigneusement termes et concepts. »
Tous les journaux insistent sur le caractère symbolique du projet. Pour Le Figaro, « sur ce thème douloureux de la mémoire », cette publication « est certainement l’une des initiatives les plus pertinentes, les plus innovantes et les plus émouvantes. » Au-delà des superlatifs, le caractère exemplaire de l’ouvrage transparaît dans le titre même de l’article : « Le manuel d’histoire franco-allemand : un modèle. » Pour Marianne, « qu’importe » même si ce manuel, qui « a parfois l’irritante fadeur de l’historiquement correct », peine à rendre compte de la complexité du monde ! L’événement n’est pas dans la « valeur » du livre mais « dans le symbole que représente le livre ».
Ce qui fait modèle derrière l’ouvrage même, c’est bien la relation franco-allemande, que la plupart des journaux célèbrent. Pour Le Figaro, « cet ouvrage, issu de la volonté politique en 2003 du chancelier Schröder et du président Chirac, est devenu le meilleur VRP de la bonne entente franco-allemande. »
L’objectif du manuel franco-allemand apparaît très nettement derrière ce titre : « Faites un manuel, pas la guerre ! » Pour L’Histoire, il s’agit rien de moins que « d’en finir avec les mythes nationalistes et les haines qu’ils ont nourries entre ces deux pays depuis le XIXe siècle. » L’auteur rapporte ces propos de l’historien Marc Bloch tenus à Oslo en 1928 : « Cessons de nous causer d’histoire nationale à histoire nationale », avant de conclure : « Espérons que ces initiatives ne s’arrêtent pas là pour que, enfin, l’histoire de l’Europe soit débarrassée des nationalismes d’un autre âge. »
À chacun de suivre l’exemple ! Pour Le Figaro, « ce manuel est en passe de devenir un modèle de réconciliation intelligente pour de nombreux pays. » Cette entreprise a suscité, selon L’Histoire, « un vif intérêt dans d’autres pays, à commencer par le Japon et la Corée ». L’Allemagne et la Pologne travaillent d’ailleurs actuellement sur un projet de manuel commun : c’est « la réconciliation en marche » pour le site Nonfiction.fr : « Écrire l’histoire, surtout à destination des plus jeunes, est toujours un exercice difficile et souvent lié à la politique. C’est renvoyer une image de nous-mêmes, les gloires et les hontes, les victoires et les défaites, les coupables et les innocents. Pour un même fait, qui est responsable ? » Mais tempère L’Histoire, entre la France et l’Allemagne, « cela fait 60 ans que l’on se réconcilie », les divergences étaient donc « surmontables, même pour les traumatismes de la guerre ». Le Figaro exprime la même réserve : « avec ses 60 ans de paix, le couple franco-allemand était peut-être plus apte que des nations qui se sont déchirées plus récemment pour parvenir à cette leçon d’humilité commune. » Sans parler de celles qui se déchirent encore aujourd’hui…
Pour Yohann Chanoir, enseignant en classe européenne, qui écrit sur le site Médiapart, ce manuel est non seulement un moyen de poursuivre le rapprochement franco-allemand mais aussi « de servir la construction européenne ». L’objectif, selon le Nouvel Observateur, est de « former de bons citoyens et démocrates, dans leur République au sein de l’Europe d’aujourd’hui ». Et L’Express constate que cet objet constitue, avec la chaîne de télévision binationale Arte, « l’une des rares réalisations communes concrètes susceptibles de toucher Allemands et Français dans leur vie quotidienne ». Il « contribue à faire exister l’Europe », résume le journaliste des Dernières Nouvelles d’Alsace.
Sur le papier, tout paraissait simple, rappelle Le Monde, mais les auteurs ont dû « concilier les programmes français et allemands et composer avec le fédéralisme d’une Allemagne qui compte seize länder et autant de programmes d’histoire ! »
Pour Y. Chanoir, « aussi étrange que cela puisse paraître, ce manuel est déjà un manuel typiquement français. Sa présentation est assurément issue d’une conception qui nous est familière. Une page est consacrée à la leçon, l’autre, en miroir, propose les documents et un questionnaire. De même, chaque leçon est problématisée, habitude typiquement française ». Mais l’enseignant souligne plus loin que cet ouvrage « possède aussi un caractère allemand très prononcé »… « Les activités suggérées sont indéniablement allemandes, avec notamment les jeux de rôles et/ou les prises de position demandées à nos élèves. Cela a le mérite de rafraîchir un peu nos pratiques pédagogiques et de sortir de temps à autre du cours magistral. »
« On aurait pu avoir un manuel un peu décalé pédagogiquement », regrette Le Café pédagogique, « finalement c’est l’enseignement à la française qui l’a emporté ». Il reste que ce manuel « développe quelques thèmes importants en Allemagne et moins favorisés en France : la mémoire allemande de la seconde guerre mondiale, l’évolution politique de l’Allemagne depuis 1945. »
L’Histoire insiste sur l’équilibre qu’il a fallu trouver : « la tradition française d’un manuel scolaire abondamment illustré, offrant à gauche un texte d’auteur très structuré et à droite un ensemble documentaire, iconographique et cartographique varié a séduit la partie allemande. En retour, on y retrouve la tradition scolaire allemande d’un cours interactif requérant une large participation de l’élève. »
Bref, il s’agit pour Médiapart d’un ouvrage « à la fois très français, bien allemand et très européen ». Attendons de voir avec l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV) si ce succès éditorial « se confirme dans les salles de classe des deux côtés du Rhin ». |
(La rédaction du Fil du bilingue, 26/01/09)
Sources