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Des élèves débutants en français

La discipline non linguistique dans le premier cycle de l’enseignement secondaire obligatoire en Espagne. À qui est destiné l’enseignement bilingue ?

En Espagne, les Sections bilingues n’ont pas été mises en œuvre simultanément ni dans les mêmes circonstances selon les communautés autonomes. Pour prendre un exemple concret, dans la communauté autonome d’Aragon, l’enseignement bilingue commence au premier cycle de l’enseignement secondaire obligatoire. Cet apprentissage s’adresse aux élèves âgés de 12 ans, sans aucune connaissance préalable en français. Il existe quelques exceptions, mais elles sont trop rares pour être significatives. Nos élèves sont donc débutants en français.

D’après la législation aragonaise, les effectifs dans les groupes bilingues doivent être limités, (quinze élèves environ), ce qui dans un premier temps facilite le travail en classe. Mais ces groupes ne sont pas homogènes car le caractère public des établissements ne permet pas d’établir un profil précis pour entrer en Section bilingue ; tout élève qui le désire a le droit de s’y inscrire. Malgré l’absence de quota, les candidats sont informés au préalable des spécificités de cette offre d’enseignement. Avant de commencer, il convient que parents et élèves sachent précisément en quoi consiste la Section bilingue. D’une part, nous avons besoin que les parents se sentent impliqués dans le travail éducatif et nous assurent de leur collaboration. D’autre part, l’élève doit avoir conscience du travail supplémentaire qu'on exigera de lui ; il aura plus d’heures de cours (deux heures supplémentaires de français) et devra étudier l’une des matières au programme, la discipline non linguistique, en partie en français. Bien entendu, nous ne manquons pas de leur dire, qu’en échange, ils auront la chance d’apprendre une langue et de s’instruire dans cette langue.

Comment organiser la première prise de contact ?

Les professeurs de la Section bilingue, aussi bien les enseignants de français que ceux de disciplines non linguistiques, doivent accorder une attention particulière à la première prise de contact avec les élèves. Nous avons à l’esprit qu’ils passent de l’école primaire au collège, ce qui signifie une adaptation à de nombreux changements : plusieurs enseignants, de nouveaux camarades, un emploi du temps aux horaires variables auxquels s’ajoute ce qui est spécifique au programme bilingue. Lors de cette première entrevue, nous découvrons leurs attentes, leurs motivations, l’idée qu’ils se font de l’enseignement bilingue, etc. Il nous arrive d’être surpris par certaines de leurs réponses.
À partir de là, nous leur expliquons les aspects les plus importants du travail que nous allons réaliser ensemble. Nous insistons sur le rythme qui est progressif, sur le fait que la discipline non linguistique n’est pas plus difficile qu’une autre, et que, en outre, nous allons bénéficier du soutien du professeur de français. Certes, ils auront un petit surcroît de travail mais eu égard aux nombreux avantages qu’ils en tireront, le jeu en vaut la chandelle. Pour résumer, nous devons mettre en avant ce que le projet a d’intéressant, d’accessible et même d’amusant. En agissant ainsi, nous constatons que les élèves concernés répondent avec enthousiasme.

Parfois certains élèves de la Section bilingue ne parviennent pas à suivre le rythme des cours, pour diverses raisons : démotivation, difficultés dans l’apprentissage de la langue par exemple. Il faut identifier dès que possible ces élèves en difficulté et leur assurer un suivi individualisé. Si l’ensemble des enseignants le juge opportun, il peut leur être conseillé de quitter la Section. Le tuteur est chargé de parler à l’élève et à sa famille, puisque c’est aux parents de demander l’abandon du Programme. À l’inverse, lorsque des élèves désirent faire partie de la Section bilingue, ils doivent d’abord obtenir l’avis favorable du tuteur et l’accord de leurs parents. Ensuite, le département de français de l’établissement fournit du matériel pédagogique d’appui et en septembre, avant la rentrée, les élèves passent des tests de niveaux.

Comment enseigner une discipline dans une langue que l’élève ne connaît pas ?

L’une des premières difficultés que nous rencontrons, nous les professeurs de disciplines non linguistiques, est de devoir enseigner l’ensemble des contenus du programme didactique défini par les enseignants de français et, qui plus est, d’en assurer une partie en français.

Dans la mesure où nos élèves du premier cycle font leurs premiers pas en français, nous devons nécessairement commencer par exposer en langue espagnole les concepts de la discipline. Une fois ces notions acquises, nous présentons aux élèves celles qui seront travaillées en langue française. Ainsi, après un aperçu global, nous choisissons les concepts les plus adaptés à la fois aux spécificités de la classe et à l’importance du thème. Suite à cette sélection, nous élaborons le matériel pédagogique en français. À partir des objectifs que nous nous sommes fixés, nous adaptons les contenus (qui dans le premier cycle ne doivent pas être excessifs) pour les rendre accessibles et éviter de décourager les élèves.

Pour la première séance, il est pratique et simple de préparer des fiches de travail à l’intention des élèves, dans lesquelles nous pouvons faire figurer :
- le vocabulaire spécifique du thème,
- quelques définitions concises,
- des images ou dessins qui aident à la compréhension du texte et facilitent l’expression orale,
- des explications simples qui mettent en évidence les concepts essentiels, en évitant dans la mesure du possible d’utiliser des constructions grammaticales trop longues ou complexes,
- des lectures faciles qui renforcent la compréhension écrite.

On pourra peu à peu choisir des textes plus riches et plus complexes, mais en privilégiant toujours une approche progressive.

Quel matériel utiliser ?

Avec les années d’expérience au sein de la Section bilingue, nous avons constaté que pour préparer le matériel pédagogique et les activités, il est bénéfique :
- d’acquérir les manuels scolaires utilisés en France, afin d’être au plus près du langage scientifique des différentes disciplines,
- de s’inspirer des cahiers d’exercices, manuels, livres de lecture, activités etc. destinés aux élèves français plus jeunes, parce qu’ils utilisent un langage simple, plus adapté aux connaissances linguistiques de nos élèves,
- d’exploiter Internet, qui est devenu une source très précieuse pour obtenir des informations sur toutes les disciplines que nous enseignons.

Enfin, il est également très utile d’établir un calendrier de travail qui nous aide à équilibrer l’utilisation des deux langues. Nous répartissons à l’aide d’une grille les contenus du thème en fonction des langues, nous quantifions le nombre de sessions dédiées à chacune, etc.

Comment évaluer le processus d’apprentissage ?

Ce sont les activités elles-mêmes qui permettent de vérifier si les objectifs proposés ont bien été atteints et si les élèves ont bien retenus les contenus. En outre, si l’élève est capable de répondre aux questions et de faire correctement les exercices et les contrôles simples en français, il prendra conscience de ses progrès et se sentira stimulé.

Parmi ces activités, on peut citer :
- chercher l’intrus
- compléter les phrases en utilisant les bons termes
- souligner la phrase exacte
- reconstituer les paires de mots entre deux colonnes
- faire des associations d’idées
- répondre par vrai ou faux
- élaborer des définitions simples en utilisant le langage scientifique (distinct du langage courant qui lui est utilisé en cours de français).

Confrontés au large éventail d’activités que nous pouvons proposer et aux contraintes de temps que nous avons, la coordination avec les professeurs de français nous est indispensable. Ces derniers peuvent nous faciliter le travail, apporter des idées et renforcer l’aspect linguistique de la DNL dans leurs cours de langue française.
Il faut souligner que nous nous sommes toujours sentis épaulés par nos collègues professeurs de français et que le moteur de la Section bilingue est précisément ce travail d’équipe. Sans cette étroite collaboration, notre tâche n’aurait aucun sens.