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Colloque "les contextes éducatifs plurilingues et francophones hors de la France continentale : entre héritage et innovation"

Colloque "les contextes éducatifs plurilingues et francophones hors de la France continentale : entre héritage et innovation"

Dans le cadre du projet Pluri-L (Projet régional de recherche en Pays de la Loire), un appel à communication est lancé pour le colloque international intitulé « les contextes éducatifs plurilingues et francophones hors de la France continentale : entre héritage et innovation » qui se tiendra à l'Université de Nantes du 16 au 18 juin 2011.

Le colloque se propose de porter un regard sur des contextes éducatifs variés où le français est enseigné tôt ou de manière intensive. De plus, des réflexions quant à l'impact des politiques linguistiques en place hors de la France continentale seront au programme des ces trois journées d'étude.

 

 

1998-2008 : la section bilingue de Tábor

Katerina Rinkeova enseigne la géographie en section bilingue depuis une dizaine d’années à Tábor, en République tchèque. Elle revient sur son parcours, sur les changements qui ont eu lieu au cours de cette période et sur les évolutions récentes.

En quelle année avez-vous enseigné pour la première fois en section bilingue ? Quelles étaient alors vos attentes ?

J’ai commencé à travailler à la section bilingue de Tábor en septembre 1998 – j’ai passé 15 jours dans les classes, puis je suis partie au Centre international d’études pédagogiques (CIEP), à Sèvres, près de Paris, suivre un stage d’initiation à l’enseignement bilingue de trois mois, avant de reprendre mon poste. Celui-ci m’avait été proposé par la direction du lycée et je l’avais accepté pour plusieurs raisons. J’y voyais tout d’abord la possibilité de mettre en valeur ma connaissance du français. Le français était depuis la fin de mes études universitaires un de mes loisirs : j’ai suivi des cours à l’Institut français de Prague, j’animais en été les chantiers internationaux des jeunes en France et je ne voulais pas perdre cette langue. C’était aussi l’occasion d’expérimenter une autre méthode d’enseignement, de travailler en équipe, de découvrir un autre type de matériel pédagogique (à la fac, j’avais choisi comme sujet de mémoire l’analyse des manuels de géographie utilisés dans les écoles allemandes). Ce nouveau poste a été un grand défi pour moi.

« C’était l’occasion d’expérimenter une autre méthode d’enseignement,
de travailler en équipe »

Ces sections existent depuis bientôt 20 ans. Qu’est-ce qui a changé depuis leur création et au cours de ces dernières années ?

Les élèves n’ont plus peur de s’exprimer

Le principal changement se situe du côté des élèves. Au début, ils me paraissaient plus motivés. Ils étaient fiers de faire partie de la section, plus « sages » aussi dans le sens où ils respectaient automatiquement le professeur. Aujourd’hui, ils ressemblent à leurs collègues « occidentaux ». Ils sont plus spontanés, moins travailleurs, il faut les motiver. Mais, d’un autre côté, ils sont plus ouverts, plus communicatifs, ils n’hésitent pas à poser des questions, n’ont pas peur d’exprimer leur avis. Pour nous, le travail avec eux est plus exigeant pas seulement parce qu’il faut penser au fait de retenir ou soutenir leur attention, mais aussi parce que leurs questions nous forcent à réfléchir davantage.

« Les questions des élèves nous forcent
à réfléchir davantage »

Des professeurs mieux formés

Dans les sections bilingues, les professeurs venaient à l’origine de différentes disciplines. Ils ont appris le français en plus pour pouvoir enseigner, ils ont été obligés de changer leur méthode d’enseignement, il fallait donc qu’ils soient vraiment motivés car le travail qu’ils étaient obligés de faire « en plus » était énorme. Aujourd’hui, dans ces sections, il y a de nouveaux collègues qui ont étudié à la fois le français et une autre discipline. Ils sont à la base mieux équipés du point de vue linguistique et comme certains étaient élèves de ces sections, ils adoptent aussi plus facilement la méthode d’enseignement préconisée. Ce qui ne veut pas dire qu’ils travaillent moins, bien sûr.

« Nos nouveaux collègues ont étudié à la fois
le français et une autre discipline »

Le bac bilingue enfin reconnu ?

Ces dernières années, dans tout le pays, on a commencé à mettre en place un nouveau système de bac au sein duquel les sections bilingues – pas seulement franco-tchèques – sont obligées de trouver leur place. Il semble que ce nouveau système apportera plus de reconnaissance pour le bac bilingue (jusqu’à présent, les élèves des sections franco-tchèques ne bénéficiaient d’aucun avantage lié à leur bac bilingue en s’inscrivant à la fac, le type de bac ne jouant pratiquement aucun rôle. Les facs étaient intéressées seulement par les résultats du bac et les notes des élèves des sections bilingues étaient souvent pires que celles des autres élèves vu que le bac bilingue est bien plus difficile que le bac « normal »). Le nouveau système nous force également à repenser les programmes des disciplines enseignées dans ces sections.

« Les élèves des sections franco-tchèques ne bénéficiaient
d’aucun avantage lié à leur bac bilingue »

Êtes-vous en contact avec les autres professeurs de DNL ?

Le travail dans cette section est un travail d’équipe. Les échanges se font au sein de la section, mais aussi entre enseignants d’une même discipline. On travaille ensemble sur des projets pédagogiques souvent liés aux échanges scolaires et on est obligé de coopérer avec les professeurs de français qui créent pour nous « la base » nécessaire de notre travail. On se voit aussi régulièrement avec les professeurs de géographie des autres sections (Prague, Brno, Olomouc) – on crée ensemble les sujets du bac blanc, du vrai bac, on échange les copies du bac blanc, on corrige ensemble les copies du vrai bac, on participe ensemble aux stages de formation continue. J’aime bien cette coopération qui me force à me poser en permanence des questions sur ce que je fais et comment je le fais. Cet aspect du travail en équipe, je ne l’ai jamais connu avant quand j’enseignais la géographie en tchèque.

À ce propos, enseigne-t-on la géographie de la même façon en tchèque et en français ?

Les manières d’enseigner en tchèque et en français sont bien différentes. En Tchéquie, la conception de la géographie part plutôt de l’école allemande, l’importance de la géographie physique est plus grande que dans la conception française. Son enseignement a également gardé un côté descriptif, même si depuis longtemps on insiste sur l’utilisation de méthodes plus ludiques. Le problème est, d’après moi, que les enseignants de didactique à la faculté nous répètent ce qu’il ne faut pas faire, sans nous dire comment enseigner la géographie autrement. Ce qui complique les choses est le fait qu’il n’existe toujours pas (depuis la fin de la période communiste en 1989) de vrais manuels de géographie tchèques – on travaille avec une sorte d’atlas complété par des graphiques et tableaux statistiques reproduits sans aucune approche pédagogique. Les professeurs sont obligés de construire leurs cours à l’aide de l’internet, des journaux, des encyclopédies et reçoivent peu de soutien sur le plan pédagogique.

« On nous répète ce qu’il ne faut pas faire,
sans nous dire comment enseigner la géographie autrement »

Au lycée, par exemple, le professeur doit présenter toute la géographie générale (physique, socio-économique) et ensuite parcourir le monde entier « pour que les élèves aient une vue générale », alors on fait un peu de tout, on ne problématise pas. On n’a pas adopté la logique des choix justifiés (on décrit plus qu’on explique). La manière d’enseigner semble cependant évoluer, il y a sans doute des professeurs aujourd’hui qui appliquent instinctivement de nouvelles méthodes, mais la base nécessaire manque encore.

Lorsqu’on enseigne en français cette discipline dans les classes de la section bilingue, les conditions de travail sont cependant différentes. On dispose de matériel pédagogique français : manuels français, guides pédagogiques, annabacs pour pouvoir préparer plus facilement les sujets de la « Maturita bilingue », périodiques… Ce soutien nous permet de suivre des programmes qui partent des programmes français, mais qui sont adaptés à la spécificité tchèque :  la durée des études à la section bilingue est de six ans ; les premières deux années, les élèves travaillent en tchèque et apprennent de manière intensive le français ; à partir de la troisième année, ils commencent à travailler en français dans cinq matières, dont la géographie. Le programme de géographie en France s’étale sur trois ans au lycée, il faut donc l’« allonger » d’une année.

De plus, alors que les élèves des classes tchèques passent le bac de géographie à l’oral et sont interrogés par leur professeur, les élèves des classes bilingues peuvent choisir la géographie au bac à l’écrit (et 80 % d’entre eux le font). Les copies sont anonymes et corrigées par l’ensemble des professeurs de géographie des quatre sections franco-tchèques. Le fait de suivre des programmes qui sont à la base français et qui aboutissent à un bac écrit facultatif nous permet et nous oblige en même temps à adopter des méthodes de travail bien différentes de celles suivies dans les classes tchèques.

On travaille davantage avec les documents (l’étude d’un ensemble documentaire est l’un des deux types de sujet du bac écrit), on insiste sur la compréhension des phénomènes géographiques, sur leur dynamisme et surtout on demande aux élèves de savoir présenter leurs connaissances de manière organisée (on les prépare ainsi à la « composition », second type de sujet du bac écrit). Comme le programme de géographie des sections est basé sur une analyse approfondie des phénomènes et des espaces choisis, les élèves trouvent parfois étrange qu’on ne présente pas systématiquement tous les phénomènes et tous les espaces (comme c’est le cas dans l’enseignement « classique »), mais ils adoptent relativement facilement la logique des choix justifiés, déjà mentionnée.

Avez-vous des nouvelles de vos anciens élèves ? Que sont-ils devenus ? Le fait d’avoir été dans ces sections bilingues a-t-il beaucoup compté dans leur parcours professionnel ?

La plupart d’entre eux s’orientent vers l’économie, le droit ou les sciences humaines. Ils choisissent moins le français comme objet d’étude. La langue est pour eux plus un moyen qu’un but. La maîtrise du français les aide aussi quand ils font des études de sciences naturelles ou techniques. Ils en profitent quand ils demandent des bourses pour faire une partie de leurs études dans les pays francophones. Il y en a aussi qui reviennent à Tábor et qui sont aujourd’hui nos jeunes collègues. |

Katerina Rinkeova
(Propos recueillis par courriel le 31/10/08)

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Mots-clés : République tchèque