Entretien avec l'attachée de coopération éducative à l'Ambassade de France du Mexique

Entretien recueilli le 17/05/2019 par Le fil du biLingue avec Maud Launay, attachée de coopération éducative à l'Ambassade de France au Mexique. Cet entretien a pour sujet la politique linguistique et la place du français au Mexique
 
Quelle place la langue française occupe-t-elle aujourd’hui au Mexique ?
Deuxième langue enseignée après l’anglais, le français continue à bénéficier d’une réelle attractivité au Mexique : 350 000 étudiants mexicains apprennent aujourd’hui le français, dont 40% dans l’enseignement supérieur, 30% dans l’enseignement scolaire et 30 % dans des établissements culturels ou spécialisés. Un réseau étendu et important permet de nourrir cette demande : trois lycées franco-mexicains, à Mexico, Guadalajara et Cuernavaca, scolarisent environ 5000 élèves, tandis que les 32 Alliances françaises réparties à travers le pays et l’Institut français d’Amérique latine (IFAL) totalisent quelque 30 000 élèves. En outre, 22 000 personnes ont présenté le DELF ou le DALF en 2018, plaçant ainsi le Mexique en tête des pays hors Union européenne, et en 5ème place mondiale.
Quelles sont les spécificités du dispositif d’enseignement bilingue francophone au Mexique ?

L’enseignement bilingue francophone a été mis en place au sein des « clases preparatorias » (= lycées) des universités. Il permet aux élèves de suivre un enseignement renforcé du français et un enseignement non linguistique d’une ou deux disciplines en français. Les premières classes de ce type ont été ouvertes, en 2008/2009, à l’Université Autonome de Nuevo Leon (Monterrey) avant d’être étendues aux universités les plus prestigieuses du Mexique comme l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM), ou encore l’Université Autonome de Puebla (BUAP). Le dispositif compte actuellement plus de 2000 élèves inscrits.

À quelles problématiques ce réseau d’établissements bilingues est-il aujourd’hui confronté ?

-La forte présence de l’anglais qui fait que le français n’est pas partout reconnu comme une langue permettant l’accès au travail (les parents préfèrent inscrire leurs enfants aux cours d’anglais).

-Les autorités éducatives ne sont pas encore sensibilisées aux avantages de ce type de dispositif.

-Les professeurs des sections bilingues ne sont pas reconnus ni rémunérés en fonction de leurs compétences (et sont moins rémunérés que les professeurs de DNL en anglais).

De quelle manière le service de coopération éducative soutient-il l’enseignement bilingue francophone au Mexique ?

Après la phase de lancement, le Poste a mis en place un plan de consolidation des sections bilingues en partenariat avec le Ministère de l’éducation mexicain et les universités autonomes concernées. Ce plan comprend notamment un programme de bourses d’études en France - financé par le poste en partenariat avec le Ministère de l’éducation du Mexique - qui permet d’envoyer chaque année 20 enseignants mexicains approfondir leur formation dans un centre de formation en France. Des missions d’expertise et des formations sur mesure sont organisées régulièrement par le poste. Des assistants de langue sont également affectés dans les lycées proposant un enseignement bilingue. Et le DELF scolaire y est proposé depuis 2 ans.

Ce sont actuellement 60 classes bilingues qui sont implantées dans les lycées des universités publiques du pays : elles concernent plus de 2000 élèves inscrits dans le dispositif dont la qualité a été certifiée par l’adhésion des deux institutions concernées au Label France Éducation, ce qui permettra aussi de créer et de fédérer un réseau d’excellence.

Les 2 coordinateurs viennent d’être sélectionnés pour participer au BELC été 2019.

Quels sont les défis et les perspectives qui se dessinent pour l’enseignement bilingue au Mexique dans les années à venir ?

Actuellement 3 lycées rattachés aux grandes universités ont des sections bilingues. Il serait souhaitable que d’autres institutions éducatives puissent intégrer ce dispositif d’excellence mais cela dépendra dans une large mesure des politiques adoptées par la nouvelle administration en matière éducative ainsi que du budget dont pourront disposer les universités ou les écoles pour la mise en place de programmes innovants. Le poste naturellement développera une stratégie pour faire connaître le dispositif dans d’autres établissements.

Quel est le devenir des élèves des sections bilingues ?

Les élèves de lycée des sections bilingues pourront suivre des parcours universitaires en France. L’UANL par exemple, a signé des accords avec des universités en France ou au Québec. D’autres programmes de mobilité comme le MEXFITEC ou le MEXPROTEC sont également de bonnes options une fois que les étudiants ont conclu leur cycle universitaire. Enfin, la première Université technologique bilingue francophone vient d’ouvrir dans le Nuevo Leon, et elle est tout à fait adaptée pour les élèves sortant des lycées bilingues. Le poste met en place des actions comme le Forum de l’emploi pour valoriser les parcours francophones en mettant en relation les étudiants sortants et les entreprises.

Le Fil du bilingue remercie Mme. Maud Launay, attachée de coopération éducative, d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

r